AUTO-organisons-nous!! Quelques idées pour passer de l'indignation à la consolidation de cette grande révolte sociale.
Auto-organisons-nous!
Quelques idées pour passer de l'indignation à la consolidation de cette grande révolte sociale.
Fruit de l'indignation devant un système capitaliste essoufflé, rompu, corrompu
Un pouvoir exécutif contrôlé par la banque et les grands pouvoirs économiques
Un pouvoir législatif, formé par les élites politiques qui ne nous représentent pas
Un pouvoir juridique tout autant corrompu, mu par les intérêts politiques et personnels,
Des droits sociaux attaqués, les droits civils constamment affaiblis par les dirigeants politiques eux
mêmes.
Une crise écologique et énergétique chaque jour plus grave et dévastatrice
Alors que nous parvenions à ce résultat affligeant, et notamment ces 3 dernières années durant
lesquelles nous avons été officiellement en état de crise, l'indignation populaire est montée comme
à petit feu. Elle s'est exprimée jusqu'ici en petites étincelles, rassemblements ponctuels et instables,
réseaux d'affinité, ou encore individus plongés dans le désarroi de leur solitude...
Mais vient le 15M. Il en naît un véritable appel, qui s'avive et s'étend pour dépasser toutes les
frontières auxquelles nous avions encore l'habitude de nous référer.
C'est un mouvement sans représentant ni revendications concrètes ; c'est un mouvement disperse
qu'il est difficile de classer dans un manifeste de minima.
C'est un mouvement riche qui laisse libre cours à mille et une idées différentes, une infinité de
propositions.
C'est un mouvement ambitieux, qui ne se contentera pas de peu: il veut tout!
Aujourd'hui, c'est par milliers que nous nous rencontrons quotidiennement sur la Place Catalunya, à
Barcelone, en Espagne, et partout dans le monde.
Depuis deux semaines nous nous organisons: c'est là le plus important.
S'ils ont tenté de nous déloger de la Place Catalunya le vendredi 27 mai, s'ils ont emporté le
matériel avec lequel nous nous organisions, tenté de détruire le travail de 11 jours et 11 nuits, c'est
parce qu'ils se font une idée de notre potentiel, et qu'ils en ont peur.
Nous avons connu plus de mobilisations ces deux dernières semaines qu'en 4 années de période
électorale. Ils le savent. Ils savent que nous avons plus de légitimité sociale que jamais, et cela les
dérange.
"Ils ne nous représentent pas": voici l'un des slogans les plus unanimes de ces derniers jours. Ces
simples mots représentent la profonde fracture entre l'ancien fonctionnement politique et le
nouveau, celui qui a surgit ces derniers jours.
Ce "ils ne nous représentent pas" signifie que nous ne pouvons pas nous contenter d'être un
mouvement de dénonciation ; les politiques ont prouvé qu'ils n'ont ni la capacité ni la volonté
d'engager le changement radical dont la société a besoin.
Il est important de rester mobilisés en empêchant que ceux d'en haut exécutent leurs nouveaux
plans contre le bienêtre du peuple, comme les baisses des budgets de la santé et de l'éducation.
Pour nous, c'est le moment opportun pour signaler les grandes carences du système "démocratique"
actuel: c'est le moment pour rassembler nos efforts, augmenter le nombre de personnes mobilisées,
gagner en légitimité sociale.
Mais pour passer à une transformation réelle sans s'épuiser devant l'impassibilité politique, il est
important que nous formions une nouvelle souveraineté politique, pour enclencher, éventuellement,
un nouveau processus constitutionnel. Nous aurons alors besoin d'une organisation solide. Nous
devrons travailler à favoriser et dynamiser la participation de toute cette partie de la population qui
adhère à nos modes de pensée et d'action. La tâche n'est pas des moindres, mais si nous se profitons
pas de cette chance, quand le feronsnous ?
Il faut passer de l'auto organisation aux actions concrètes qui favorisent notre pouvoir politique et
collectif, qui représentent une nouvelle forme politique en soi. C'est le peuple qui doit déterminer
quelles sont les décisions à prendre et comment elles peuvent être appliquées, et ce de manière
participative et dans le plus grand consensus possible.
Les places, ces espaces de réunion et de mise en commun des énergies, des idées, doivent être le
lieu physique de relation avec la mobilisation, le référent symbolique et d'inspiration, le lieu
d'informations pour toutes les générations, tout en proposant la mise en pratique du nouveau
modèle d'organisation. Les places seront notre nouvel espace d'apprentissage, lieu de possible des
modes de fonctionnement qui nous aideront à grandir.
Pour cela, nous devons y maintenir une présence permanente, au moins jusqu'à ce que notre
capacité organisatrice soit consolidée. Cette stratégie est fondamentale.
De plus, il est nécessaire de nous appuyer sur des exemples concrets, des exemples ayant réussi à
proposer une façon de décider efficace, et comment appliquer nos décisions à toute la société.
Appuyonsnous sur des exemples de pratiques de la démocratie réelle à tous les niveaux, démocratie
sans représentants, qui permette l'application directe de nos revendications.
#« Si nous considérons que le système actuel de crédits bancaires est injuste, et que personne ne
doit être expulsé pour insolvabilité, déclarons la fin des expulsions et un moratoire sur le paiement
de crédits. Assuronsnous dès aujourd'hui que ces décisions soient appliquées: pour cela, avertissons
les banques ne répondant pas à cette requête que nous appellerons les usagers à en retirer leur
argent».
## « Si nous considérons que les gouvernements mettent nos droits en danger, faisons respecter
nousmêmes les droits fondamentaux. Par exemple, en ce qui concerne le logement pour tous,
appelons les propriétaires à céder des appartements et des maisons ; en appliquant une auto
réduction des loyers, en mettant à disposition sur les places libérées un espace de rencontre entre
les personnes qui offrent et celles qui demandent des conditions justes pour le logement».
###« Si nous ne sommes pas en accord avec la gestion des impôts, boycottons le paiement de ceux
de l'ancien gouvernement, et gérons ces sommes de façon collective et participative au niveau des
assemblées populaires».
#### « Si nous trouvons injustes les bénéfices obtenus par les grandes compagnies, nous pouvons
répondre aux licenciements par la demande de réembauche des licenciés».
Pour conclure, considérant le principe selon lequel nous ne sommes pas représentés par les
politiciens, apprenons à décider par et pour nousmêmes en tant que peuple auto organisé. Ce qui
signifie que nous devons assumer à la fois les compétences du pouvoir législatif et celles du pouvoir
exécutif ; cela nous permettrait de reprendre nos vies en main, dans le présent ainsi que dans une
perspective future. Au niveau individuel, en tant que personnes libres, deux outils fondamentaux
de notre action politique et quotidienne se trouvent au niveau de la consommation engagée ainsi
que dans la désobéissance civile.
En tant que peuple uni et organisé, nous sommes responsables du monde dans lequel nous vivons et
dans lequel nous agissons, et devons le rendre digne de ce que nous voulons qu'il soit. L'élément clé
en est la construction d'une véritable démocratie directe et participative, avec un système de prise
de décision à la hauteur de nos valeurs.
Personne ne nous représente, personne ne le fera pour nous. Nous avons le droit et le pouvoir de
décider. Aujourd'hui, alors que nous prenons conscience de notre multitude, et que nous savons
nous organiser, prenons cette responsabilité en main.
Pour assurer la réussite d'une telle révolte sociale, convertissons l'indignation en auto organisation
politique.
Enric Duran, Barcelona, 30/05/2011

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