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Les alternatives collectives deviennent réalité

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Lorsqu'au début des années 90 se réalisèrent les premières occupations pour monter des centres sociaux autogérés, on semait alors les graines de ce qui a généré, quelques années plus tard, une nouvelle culture politique dissidente au système institutionnel et génératrice d'expériences de vie alternatives.

Les centres sociaux sont aussi divers et variés que leurs noms et que leurs fonctionnements. Parmi les plus historiques on peut citer les athénées libertaires, hérités de la tradition anarchiste antérieure à la Guerre d'Espagne. Il y a également les Casals Populares, de plus en plus présentes dans les villages, nourrissant le mouvement indépendantiste émergent, qui partage les valeurs autogestionnaires que nous présentons. Et nous avons aussi, évidemment, de nombreux espaces sociaux autonomes qui ne se sont pas attribués d'idéologie, sinon celle d'aller de l'avant en construisant la théorie à partir de la pratique, espaces qui avancent chaque jour un peu plus. Certains lieux sont occupés, d'autres sont loués, cédés par des particuliers ou arrachés à l'administration, mais tous partagent ces valeurs que nous sommes en train de commenter. On peut en rencontrer plus d'une centaine de ce type en Catalogne.

Le plus souvent, les centres sociaux sont connus grâce leurs nombreuses activités les soirs et weekend comme étant des lieux de loisirs alternatifs contre la consommation à outrance. Mais ils sont beaucoup plus que cela: ce sont des espaces de socialisation de base pour que nous commencions à apprendre à nous connaître d'une autre manière. Ce sont des espaces où l'on apprend à participer sans hiérarchie, et ils offrent sans doute le meilleur contexte pour que germent beaucoup des expériences que nous allons commenter.
Les coopératives de consommation écologique sont un autre exemple clé se trouvant sur le chemin d'une société nouvelle. Ce sont des groupes de familles qui s'organisent en commun pour consommer des produits biologiques de proximité, évitant ainsi les intermédiaires. De cette manière on favorise au maximum à la fois l'agriculture bio, d'autres relations économiques plus solidaires, et la récupération de liens sociaux communautaires et de proximité. Ce système se répandait déjà à la fin du XX ème siècle, et s'est multiplié de façon spectaculaire depuis 5-6 ans. Pour ce qui est de la Catalogne, dont nous avons les données, on peut actuellement compter environ 80 coopératives de ce type. Il y a celles qui reçoivent directement les paniers du paysan, il y en a d'autres qui commandent; d'autres encore où la participation à des travaux volontaires est condition nécessaire pour en faire partie et enfin, celles qui tolèrent une participation plus passive, via la professionnalisation d'une partie du processus. Quelles que soient leurs variantes de fonctionnement, ces coopératives font toutes partie d'un mouvement bio-agricole qui se multiplie.

Pour vivre d'une autre manière, un des aspects fondamentaux est le travail. Pouvoir arrêter de travailler pour une entreprise insérée dans l'économie de croissance est un élément clé, étant donné que c'est une des activités qui nous prend le plus de temps dans notre vie. Il y a des expériences de coopératives de travail qui fonctionnent depuis très longtemps, dans des secteurs aussi divers que l'imprimerie, collectifs d'avocats, assurances, métallurgie, infographie, énergies renouvelables, informatique etc. Certaines gardent un fonctionnement d'assemblée participatif , tout en essayant d'avoir une activité productive, sociale et écologique. Il y a aussi celui/celle qui commence par un petit projet de production, à niveau individuel ou d'un groupe réduit. Par exemple, les personnes qui sortent du circuit capitaliste pour offrir leur activité artisanale sont de plus en plus nombreuses: fruits, légumes, pain, bière, poulets, fromages, miel, pâtes, vins, jambons, revues etc...qui permettent de développer les circuits courts en mettant en marche un réseau économique alternatif au dominant.

Y compris dans le domaine financier, que nous avons tant dénoncé dans d'autres pages, il existe des alternatives: nous avons l'expérience de Coop 57 qui offre des alternatives de financement pour des coopératives et des entités sociales, facilitant par la même occasion des économies non négligeables pour des personnes ne faisant pas partie de coopératives. Alliée à d'autres entités, la Coop 57 est entrain de développer le Proyecto Fiare, qui serait une coopérative de crédit citoyen offrant une réelle perspective d'alternative à la banque, une transition plausible au système actuelle.

Un autre des aspects stratégiques pour construire une autre économie est de remplacer les échanges en monnaie dominante, en ce qui nous concerne l'euro, par des options alternatives qui soient gérées par la société civile. Il existe en Catalogne quelques réseaux d'échanges déjà consolidés, qui facilitent le troc, c'est à dire des échanges directs entre personnes qui veulent couvrir certains besoins sans passer par le marché. Ces réseaux utilisent souvent Internet comme moyen de communication: on s'y échange des produits tels que des livres, des vêtements, de la nourriture ou du matériel informatique, des services comme du babysitting ou encore du bricolage. Ces activités viennent se compléter par des marchés d'échanges, espaces physiques dans lesquels habituellement, durant une matinée ou toute une journée, s'échangent toutes sortes de produits et où l'on s'accorde sur des services. Même si la production alternative n'en est qu'à ses débuts, (on s'échange le plus souvent des petits produits de seconde main: électroménager, vêtements ou livres...) c'est bel et bien là l'ébauche d'une alternative communautaire à la consommation, qui encourage le développement de nouvelles relations sociales.

Décidés à transformer l'économie, quoi pourrait-on rêver de mieux que de vendre et acheter gratis? Ces dernières années, de nouveaux projets sont apparus, visant à ce que n'importe qui puisse arriver avec ce dont il ne se sert pas et repartir avec ce dont il a besoin sans payer. C'est sans aucun doute la meilleure façon de décommercialiser les nécessités, et de réapprendre à donner et à recevoir sans avoir à passer par une relation commerciale. En premier lieu, les vêtements, ensuite les livres et la musique sont les types d'objets que l'on trouve le plus fréquemment dans ces espaces, bien qu'il y ai tendance à diversification. Le principal obstacle à ces types de projets est bien souvent la difficulté d'accéder à un lieu gratuitement, de sorte que c'est la plupart du temps dans des lieux occupés qu'il est le plus facile de les trouver.

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Dans certains locaux et centres sociaux autogérés, il existe de petites librairies au contenu critique et dissident, ainsi que de la musique, des tee-shirt etc. en relation à la contreculture émergeant des mouvements sociaux. On peut également y trouver des affiches, dépliants et tracts de divers collectifs qui souhaitent mieux faire connaître leurs activités, ainsi que des personnes en mesure de t'informer.

Une autre des idées fondamentales de cette société que nous sommes en train de mettre en marche est de partager les savoirs et la culture gratuitement. Pour cela, vous pouvez trouver bon nombre de bibliothèques sociales où vous pourrez accéder à des lectures en relation avec les luttes sociales, au contenu critique et en savoir plus sur les diverses alternatives et connaissances. Vous pourrez trouver sur Internet un réseau de bibliothèques sociales qui s'est récemment regroupé. Cela fait déjà un moment qu'existent quelques projets déterminés impliqués dans l'idée de partager des connaissances, tels que les XICS (Réseaux d'Echanges de Connaissances, en sigles catalans). Dans ces espaces, des personnes proposent des cours et des ateliers sur ce qu'ils savent, et reçoivent des enseignements sur ce qui les intéresse, toujours gratuitement. On y apporte et y apprend toutes sortes de savoirs, tant de type intellectuel que de contenu technique, artistique, manuel, le tout en fonction des aptitudes et de l'intérêt des participants. Ce sont également des espaces importants à l'heure de retisser les liens sociaux.

Partout dans les centres sociaux et lieux de courants alternatifs, on peut trouver divers ateliers, cours et formations spécialisées visant à faciliter l'autogestion de notre vie quotidienne.

Agriculture biologique, énergies renouvelables, autoconstruction, programmation libre, facilitation de réunions et beaucoup d'autres connaissances renforcent la capacité d'autonomie des personnes qui optent chaque jour un peu plus pour d'autres façons de vivre.

A l'heure de partager des savoirs une des idées clés est celle « laisser copier ».Il y a toujours plus de créations intellectuelles, scientifiques et artistiques qui posent le problème des droits d'auteurs et des brevets. Pour remédier à cela, il existe les licences « Creative commons », qui peuvent s'appliquer à la production littéraire, audiovisuelle, musicale et scientifique, pour promouvoir le fait que l'on puisse copier et partager sans payer les auteurs. De cette façon, la culture et les connaissances se propagent sans être privatisées, et sans que les intérêts particuliers prévalent sur le bien commun.

Plus précisément, l'idée du « laisser copier » est née de la programmation libre, déjà solide, qui a démontré combien les réseaux basés sur la coopération sociale peuvent se révéler efficaces, positifs, beaucoup plus que ne le sont les grandes entreprises transnationales. Du programme libre sont nés les hacklabs (contraction de hacker et laboratoire), véritables laboratoires autonomes d'informatique libre dont les participants ont l'habitude de se retrouver dans des centres sociaux. Et de cette culture vivent également beaucoup d'autres gens, ceux qui permettent l'autogestion des courriers électroniques, pages web ou qui assurent la sécurité informatique, tout cela bien entendu sans passer par une entreprise commerciale. De même, il existe des réseaux Internet libres sans fil, parmi lesquels guifi.net est toute une référence à niveau catalan, et qui va beaucoup plus loin que de partager la connexion.

Continuons si vous le voulez bien avec l'idée de partage, mais en s'attardant cette fois sur une question des plus capitales: notre base alimentaire, c'est à dire les graines qui permettent aux paysans de cultiver. Étant donné que l'agriculture industrielle, et tout spécialement les produits transgéniques, sont en train de mettre en grave danger les espèces locales, la tâche de conserver les graines et de les rendre plus accessibles aux paysans locaux souhaitant les replanter est fondamentale. Heureusement, depuis l'expansion du mouvement bio-agricole, c'est une des tâches qui vont de l'avant et dans tout le territoire nous avons de plus en plus de banques de graines qui préservent la biodiversité et défendent la vie présente et future.

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Cultiver des légumes peut également être une activité sociale et communautaire, et pas seulement une profession, comme le démontrent les nombreux potagers communs qui ont poussé ces dernières années sur tout le territoire catalan. Heureusement, il y a toujours eu beaucoup de jardins dédiés à la consommation privée, mais il est particulièrement enrichissant d'apprendre à partager et à récupérer la participation communautaire à travers la culture du potager. Un bel exemple en est les jardins communautaires de Can Masdeu, la maison occupée de Collserla.

Bien entendu , les plantes ne nous apportent pas uniquement de quoi nous nourrir, mais constituent également une ressource pour de nombreux gestes quotidiens, produisant entre autres des matières curatives. C'est ce que l'on appelle les plantes médicinales, et jusque dans ce domaine le capitalisme nous complique la vie, et pour le coup, nous complique la santé. Un exemple de ces plantes bénéfiques est l'estavia, un adoucissant naturel dont on a démontré qu'il soignait le diabète, or sa commercialisation médicinale reste interdite en Espagne. Serait-ce parce que les pharmacies n'ont aucun intérêt à vendre des médicaments aussi efficaces? Ainsi, l'estavia se répand dans les mouvements sociaux. Prêts à la désobéissance civile, alors quoi de mieux que de cultiver de plantes curatives?

Étendons la thématique de la santé en parlant maintenant des alternatives pour accueillir un nouveau venu au monde. Et bien il existe ici aussi d'autres options, hors des hôpitaux et des industries pharmaceutiques: des groupes qui aident à accoucher naturellement ou qui revalorisent l'allaitement maternel. Tout cela fait partie d'un ensemble d'alternatives en lien avec le bébé, qui aident à améliorer son bien être dès la naissance et durant les tout premiers mois, période lourde de conséquences sur sa vie entière.

Plus généralement, le domaine de l'éducation infantile dans son ensemble ne pourra pas être mis de côté à l'heure où nous mettons en marche les alternatives pour une société nouvelle. De l'éducation dépendent le développement, l'épanouissement de personnes libres, ayant des valeurs, sachant prendre des initiatives. A défaut, elles resteront passives et soumises au système dominant. Beaucoup de mères et de pères en sont déjà conscients, de sorte qu'après l'expérimentation de quelques initiatives avant-gardistes, les alternatives éducatives se sont multipliées ces dernières années: des parents qui élèvent des enfants en bas âge à la maison, d'autres qui se regroupent avec d'autres familles et éduquent les enfants ensemble. De la même façon, les cas où des éducateurs viennent se joindre aux familles sont de plus en plus fréquents: ils guident les plus jeunes dans leur apprentissage, en tâchant de ne pas leur soumettre trop de règles. Cette conception des choses peut se définir avec justesse comme éducation libre. Il existe des projets allant dans ce sens pour les enfants jusqu'à l'âge de 12 ans, et sont en train de s'en créer d'autres pour perpétrer cette initiative jusqu'à un âge plus avancé. En Catalogne, le réseau d'éducation libre facilite la mise en place de ce genre de démarches et relie entre eux les personnes qui y participent.

Abordons maintenant le sujet du lieu de vie, et au lieu d'attendre vainement que l'administration nous octroie le droit au logement, nous nous le garantissons nous mêmes. Les occupations de logements vides représentent une alternative déjà largement développée dans notre pays, bien qu'il soit impossible d'en connaître l'étendue exacte puisque beaucoup de ces occupations ne sont pas criées sur les toits. En effet, si elles permettent parfois de vivre durant des années sans avoir à faire face à une des principales dépenses que nous impose le pouvoir, les habitants de ces logements occupés portent chaque jour qui passe l'angoisse de ne pas savoir jusqu'à quand ils pourront y demeurer.

Une autre option, émergente cette fois, mais qui a de l'avenir devant elle, est la coopérative de logements de droit d'usage. C'est une possibilité qui revient bien moins cher que les crédits hypothécaires ou les locations individuelles, dans laquelle la propriété reste dans la coopérative, et où les participants au projet ne peuvent pas revendre leurs droits à un prix différent de ce qui leur en a couté, empêchant ainsi la spéculation. Cette option fondamentale est déjà développée dans d'autres pays, et se développe peu à peu en Espagne grâce au travail de l'association Toit Civique qui fait connaître ses avantages.

Ces options de logement sont bien souvent accompagnées d'alternatives de vie commune, dans lesquelles se dépasse l'individualisme des appartements modernes, pour créer des sphères d'utilité commune à toute la propriété, comme des espaces informatiques, des laveries, bibliothèques, ou plus simplement des pièces à vivre. Ces logements alternatifs sont par ailleurs des lieux idéals pour autogérer la production énergétique: énergie solaire thermique pour chauffer l'eau, en installant par exemple des plaques photovoltaïques sur les terrasses. Ces initiatives sont vitales en ville, et on commence à voir des terrasses transformées en potager; et dans les maisons de campagne se développent de petites centrales biogaz pour se chauffer à partir de résidus de matière organique.

En parlant de vie commune, il existe même des alternatives dans l'un des domaines les plus intouchables de la culture officielle: de plus en plus de personnes s'interrogent et commencent à appliquer des alternatives à la famille nucléaire, laquelle est un modèle purement occidental des 50 dernières années, qui s'est propagé avec l'explosion de la consommation, contribuant par la même occasion au déchirement des liens sociaux. Face à cela, et partageant les points de vue de la lutte antipatriarcale et des mouvements pour la liberté sexuelle, surgissent de nouveaux modèles de relations basés sur la liberté d'aimer plus d'une personne, et ce dans la communication et la transparence. Cela s'appelait auparavant amour libre, on parle aujourd'hui de « poly-amour ».

Plus généralement, apprenons à nous mettre en relation les uns les autres en considérant de manière égale l'unicité de chacun, sans discriminations de race, de genre, de classe ou d'identité sexuelle.
Toutes les informations intentionnellement ignorées, toutes ces mobilisations que nous avons commenté et toutes ces alternatives que nous sommes en train de présenter maintenant ont quelque chose en commun: elles ont vocation à être diffusées et à parvenir au plus grand nombre. Et dans le domaine des médias également existent des alternatives qui offrent des points de vue autres que ceux que l'on rencontre habituellement dans les moyens de communication classiques, étant donné que ces derniers trainent le boulet des entreprises qui les financent. Les médias alternatifs peuvent être locaux, thématiques ou généralistes; beaucoup sont sur papier et énormément d'entre eux sur Internet. On trouve également quelques radios libres, très peu de chaines télé, mais celles qui existent produisent des reportages et des documentaires pertinents qu'il est possible, la plupart du temps, de trouver sur Internet ou chez des distributeurs alternatifs. Les médias alternatifs sont des projets à engagement continu, qui nécessitent bien souvent une très grande implication ainsi que beaucoup d'efforts, en plus des ressources économiques certaines indispensables pour sortir de la minorité. Dans la partie réservée au liens, vous pourrez trouver l'adresse de nombre de ces projets.

Il existe d'autres alternatives collectives dont il serait impossible de faire une liste exhaustive, mais nous espérons que vous en avez désormais une idée plus précise. En réalité, nous vous avons déjà exposé un bon nombre d'alternatives en marche touchant beaucoup d'aspects de la vie. Il reste à savoir comment les personnes impliquées dans ces diverses initiatives peuvent se rencontrer pour construire une société nouvelle? De quelle façon le réseau est-il entrain de se tisser? Nous répondons à ces questions dans les pages suivantes!

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